Sébastien Gazeau, reporter poétique

invit-nve-19mai.inddLe CIAS du Pays d’Albret et le Pôle de compétences Culture et Santé avec le concours de l’association Musicalarue sont heureux de vous inviter à partager une rencontre festive autour du projet

jeudi 19 mai, salle des Cigales, Luxey

à 15h, Isabelle Loubère, accompagnée d’un musicien, présentera le conte «O mamé oh».

Ce rendez-vous sera l’occasion de vous présenter l’ouvrage publié aux éditions La maison est en carton «Nous vieillirons ensemble. Et si les arts et la culture s’invitaient au domicile des personnes âgées ?»

et de remercier l’ensemble des partenaires qui partagent et soutiennent cette expérimentation depuis 2014.

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Le 16 octobre 2015 nous avons déjeuné ensemble.

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Isabelle Loubère chez Simone Boirie, vendredi 16 octobre 2015.

Isabelle Loubère chez Simone Boirie, vendredi 16 octobre 2015.

L’imagination d’un artiste est une source inépuisable d’interrogations pour les personnes qui pensent en manquer. Comment par exemple Jean-François Gavoty a-t-il pu avoir l’idée d’une mule à 5 pattes, titre de la sculpture qu’il installe cet été à Sore ? Comment a-t-il eu l’envie non seulement de la fabriquer mais en plus de l’installer dans la bambouseraie qui jouxte les bords de la Petite-Leyre ? Ces questionnements qui prennent la forme de brèves remarques se perdent dans les méandres de la discussion. On ne s’y arrête pas.

L’imagination artistique est une sorte de mystère que la parole contourne, une sorte de barrière qui se lève entre les artistes et ceux qui n’en sont pas. Est-elle pour autant une capacité réservée à une infime partie de la population ? Quand elle ne prend pas la forme d’œuvres artistiques, l’imagination dont toute personne fait preuve – ne serait-ce que pour entrevoir ce qui ne se trouve pas réellement devant nos yeux – est-elle moins digne d’intérêt ? En écoutant M. et Mme Haza évoquer quelques moments de leur vie américaine, en « voyant » les barreaux aux fenêtres de la maison qu’ils habitaient à la Nouvelle-Orléans, je me dis que la mémoire est une source inépuisable d’images à partager.

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Dans le livre qui présente la collection de la Forêt d’art contemporain, Lydie s’arrête sur le Zoo de sculptures. Mme Haza s’est assombrie. « C’est dommage d’avoir mis tout ça en cage. »

« Tout ça », ce sont des œuvres que Laurent Le Deunff a choisies de stocker à ciel ouvert comme s’il s’agissait d’animaux dangereux isolés derrière des grilles aux extrémités acérées. Lydie s’efforce d’éclairer les intentions du sculpteur pour faire comprendre à Mme Haza que ce n’est pas dommage mais voulu…

Peine perdue. Cette vision l’a ramenée trente ans en arrière. « Ça me rappelle que notre maison de la Nouvelle-Orléans avait des barreaux blancs à toutes les fenêtres. Ça me dérangeait beaucoup ces barreaux, de sentir qu’on était enfermés alors que les malfaiteurs étaient en liberté à l’extérieur. » Les seules fenêtres à ne pas être condamnées se trouvaient en hauteur, accessibles uniquement à l’aide d’une échelle.

Mme Haza se souvient : « Que se serait-il passé s’il y avait eu le feu ? Je n’aurais jamais eu la force de le faire passer par une de ces fenêtres… Est-ce que je me serais enfuie en l’abandonnant ? Je me suis souvent posée souvent ce genre de question. Je n’aime pas les choses en cage. ».

Sur son fauteuil roulant, M. Haza l’écoute. Lydie a refermé le livre.

 

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Mme Haza balaie la pièce d’un geste vague comme pour dire qu’il serait trop long d’en parler, à moins que ce ne soit pour signifier qu’elle et son mari avaient une vie avant d’habiter Labrit.

Avec une fierté non dissimulée, M. Haza pointe la pendule qui trône à sa droite. Elle a été fabriquée par General Electric dont le nom se mêle aux arabesques du cadran. Mais elle ne fonctionne pas. Depuis qu’ils sont rentrés en France au début des années 1990, contraints par la maladie de M. Haza, elle n’a jamais fonctionné car les normes électriques ne sont pas les mêmes de part et d’autre de l’Atlantique. Même avec un adaptateur, elle serait inévitablement en avance ou en retard.

Les aiguilles indiquent midi (ou minuit) moins le quart. Dans quel pays se sont-elles arrêtées ?

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« Rédiger, c’est comme donner un point de vue. »

Sébastien Gazeau rappelle aux intervenants du projet qu’il peut assurer le rôle de « l’écrivain public » à qui on confie une anecdote, une histoire pour qu’il alimente le blog. Un projet éditorial visant à retracer l’intégralité de l’expérimentation est en cours de conception.