« Je n’aime pas les choses en cage »

Dans le livre qui présente la collection de la Forêt d’art contemporain, Lydie s’arrête sur le Zoo de sculptures. Mme Haza s’est assombrie. « C’est dommage d’avoir mis tout ça en cage. »

« Tout ça », ce sont des œuvres que Laurent Le Deunff a choisies de stocker à ciel ouvert comme s’il s’agissait d’animaux dangereux isolés derrière des grilles aux extrémités acérées. Lydie s’efforce d’éclairer les intentions du sculpteur pour faire comprendre à Mme Haza que ce n’est pas dommage mais voulu…

Peine perdue. Cette vision l’a ramenée trente ans en arrière. « Ça me rappelle que notre maison de la Nouvelle-Orléans avait des barreaux blancs à toutes les fenêtres. Ça me dérangeait beaucoup ces barreaux, de sentir qu’on était enfermés alors que les malfaiteurs étaient en liberté à l’extérieur. » Les seules fenêtres à ne pas être condamnées se trouvaient en hauteur, accessibles uniquement à l’aide d’une échelle.

Mme Haza se souvient : « Que se serait-il passé s’il y avait eu le feu ? Je n’aurais jamais eu la force de le faire passer par une de ces fenêtres… Est-ce que je me serais enfuie en l’abandonnant ? Je me suis souvent posée souvent ce genre de question. Je n’aime pas les choses en cage. ».

Sur son fauteuil roulant, M. Haza l’écoute. Lydie a refermé le livre.

 

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