Chez Jeanine (2)

Toujours à Vert, Younès Rahmoun a construit une petite chambre (ghorfa en arabe) qui ressemble aux poulaillers landais dont elle reprend l’architecture surélevée. Le clin d’œil est évident dans la région où ce type de construction est emblématique. On demande à Jeanine s’il y en avait un chez elle ou chez ses parents. « On en trouvait seulement à la campagne. Moi je suis de Sore. Il n’y a pas de poulailler en ville. » Sore, à peine plus de 1000 habitants, est donc une ville…

Elle en partage d’ailleurs certaines problématiques récurrentes comme l’anonymat. De nouvelles personnes viennent s’y installer mais chez Jeanine, « il ne passe plus beaucoup de monde. Il n’y a plus beaucoup de gens de Sore. Et quand ça se renouvelle, ils ne viennent pas voir les vieux. » Comme tant d’autres de son âge, elle ne peut plus sortir, en tout cas moins qu’elle le faisait, et personne, ou bien insuffisamment à son goût, ne rééquilibre la situation en lui rendant visite pour la tenir informée de ce qui se passe ou de ce qui va se passer. Lorsque Lydie lui apprend que l’artiste Jean-François Gavoty sera prochainement en résidence à Sore et qu’une première rencontre publique aura lieu le lundi 22 juin à 18h30, Janine prend un stylo de la main gauche et note d’une écriture tremblée la date et l’heure sur le dépliant de la Forêt d’art contemporain. Dans ce geste minuscule qui lui demande un grand effort, je découvre ce que le soin à domicile peut signifier d’autre qu’apporter des soins médicaux.

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